Au revoir là-haut, de Pierre Lemaitre

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Éditions Le livre de Poche 
Paru en 2014
624 pages

Synopsis : Rescapés du chaos de la Grande Guerre, Albert et Edouard comprennent rapidement que le pays ne veut plus d'eux. Malheur aux vainqueurs ! La France glorifie ses morts et oublie les survivants. Albert, employé modeste et timoré, a tout perdu. Edouard, artiste flamboyant devenu une "gueule cassée", est écrasé par son histoire familiale. Désarmés et abandonnés après le carnage, tous deux sont condamnés à l'exclusion.  Refusant de céder à l'amertume ou au découragement, ils vont, ensemble, imaginer une arnaque d'une audace inouïe qui mettra le pays tout entier en effervescence... Et élever le sacrilège et le blasphème au rang des beaux-arts. Bien au delà de la vengeance et de la revanche de deux hommes détruits par une guerre vaine et barbare, ce roman est l'histoire caustique et tragique d’un défi à la société, à l'Etat, à la famille, à la morale patriotique, responsables de leur enfer.  Dans la France traumatisée de l'après guerre qui compte son million et demi de morts, ces deux survivants du brasier se lancent dans une escroquerie d'envergure nationale d'un cynisme absolu...... 

Qu’en ai-je pensé ? 

J’ai d’abord vu le film avant même de connaître l’existence du livre. Il faut dire que je n’ai jamais été très fan des prix Goncourt, que je trouve souvent trop « pompeux », pas assez sympathique et qui ne m’ont jamais vraiment attirée. Aussi ai-je été surprise d’aimer le livre encore plus que le film, qui m’avait déjà bluffée. 
L’histoire commence à quelques heures de la fin de la première guerre mondiale, dans les tranchés où les hommes tentent de survivre malgré eux : des rats, la faim, les ordres d’un général fou furieux, bref … Il n’en fallait pas plus pour qu’un drame n’arrive et mette fin à la paix que vivait jusqu’alors notre héros … Albert Maillard. 

J’ai adoré la voix d’Albert Maillard pendant tout le roman : il est hilarant et également désopilant, autant dire qu’il est tout sauf un héros et c’est génial ! Car oui, la vision du monde proposée par le narrateur est tout sauf édulcorée : le héros est un pauvre survivant, qui a peur de tout, et son acolyte est une « gueule cassée » avec un caractère épouvantable. Autant dire que c’est un duo de choc qui se présente ici. Et qui s’entoure d’un palmarès de personnages aussi étonnants les uns que les autres : Mr Péricourt et son inflexibilité ; mais aussi la petite Louise, douce et qui comprend les adultes mieux qu’ils ne se comprennent eux-même ; et enfin Pradelle, ce sale gosse que j’ai aussi fini par bien aimer et qui m’a fait rire (la tonne de tuiles qu’il lui arrive est impressionnante quand même !). 

Pourtant, j’ai adoré ce roman : on y découvre la survie des hommes après la guerre. Des hommes bons, mais aussi des hommes mauvais ; car dans le monde post-première guerre mondiale, chacun tente juste de se sortir du guépier dans lequel la guerre l’a fourré. Autant dire que ça donne un palmarès décapant : un Albert Maillard pas très débrouillard, un Edouard défiguré mais transfiguré par la guerre et un colonel revanchard prêt à tout pour garder sa place et devenir encore plus riche. 

Car oui, c’est d’argent que parle Au revoir là-haut et notamment d’une escroquerie : celle des « Monuments aux morts ». J’ai beaucoup aimé cette idée d’escroquer ceux qui ne s’y attendent pas. Au final, l’histoire a beaucoup de justesse et d’intérêt et, bien que cette arnaque soit horrible, la façon dont Edouard et Albert parviennent à se débrouiller est admirable et on finit par compatir à leurs malheurs. 

Oui, des arnaqueurs, mais des arnaqueurs qui ont vécu la guerre et qui la revivent chaque jour : Albert, traumatisé psychologiquement et Edouard traumatisé physiquement et qui tente malgré lui de survivre avec l’aide de la morphine et d’autres drogues additionnelles. 
Les personnages de Pierre Lemaitre m’ont véritablement émue aux larmes, bien que j’ai été horrifiée au début par la description physique du « gouffre » de la bouche d’Edouard : Oui, c’est horrible, oui chaque lecture de ces lignes horriblement sanglantes m’ont déplue mais les personnages sont tellement touchants que j’ai décidé de passer outre

Finalement, Au revoir là-haut est un jeu de chassé-croisé, de non-dits, de peur, de décisions prises à la dernière minute et qui fonctionnent admirablement bien. 
Tout au long de son roman, Pierre Lemaitre a réussi à m’émouvoir, à me faire rire et pleurer et à me donner envie d’en lire plus. La fin du roman, quant à elle, est d’une incommensurable douceur et d’une atroce exactitude. Comme l’a dit l’un des personnages, c’est une « tragédie » que nous fait vivre Pierre Lemaitre ; mais cette tragédie est si belle que je serais bien tentée de la revivre et de la relire encore une fois. 



Et pour découvrir ma chronique sur le film « Au revoir là-haut », sorti en 2017 et réalisé par Albert Dupontel, je vous invite à cliquer sur l’affiche du film, juste là  : 




Et vous ? L’avez-vous lu ? 
Tenté(e) par ce livre ? 

A bientôt, 

Julie.

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